Souvenir des présidentielles
Mes chers bébés canards,
Tata dolores viens vous conter le fabuleux mariage auquel elle a assisté en ce joli mois de Mai .
J'étais donc invitée comme chaque week end à un mariage, les jeunes couples implorant souvent ma bénédiction pour leur union, puis plus tard pour leur divorce...
Il se trouve qu'un de mes amis, figure notoire algérienne dont je tairais le nom, m'avait invitée à ces noces musulmanes, étant lui même le cousin de l'heureuse élue. C'est donc après un gala donné à Nancy dans un lieu ultra underground où je n'avais jamais vu autant de marginaux réunis à la fois, que mon fifils me conduisit jusqu'à Paris à bord de la belle auto que je lui ai offerte il y a 4 mois, et que je lui ai confisquée il y a 2 jours, qu'il me conduisit donc jusqu'aux noces de Nadia et Azzedine.
Quelle ne fut pas ma surprise en arrivant à l'adresse indiquée, de découvrir non pas une église mais un immense préfabriqué, sans doute martelé à la main dans un métal noble et argenté, qui lorsque je frappais à la porte résonna comme une cloche tibétaine.
Deux cinquantenaires, bien plus viriles qu'Enrico Macias, me firent pénétrer dans cette véritable caverne flamboyante où je me faufilais entre les palmiers artificiels et les rubans dorés. On m'installa à une table pourpre en compagnie de mon vieil ami algérien et de sa mère qui prenait garde à toujours installer un plat, un sac à main, un enfant où elle même entre nous.
On me fit servir toutes sortes de mets et tout en les dégustant, j'observais ces hommes et ces femmes aux peaux mordorées danser comme des petits fennecs sous la lune. Bientôt je ne résistais plus à leur offrir une démonstration de danse orientale, danse que je maitrise depuis environ 26 années... Je dois vous avouer que les danseurs ont fuit un par un la piste devant une telle prestance, et lorsque j'ouvrais les yeux au bout d'une heure et demie de transe, la salle était totalement vide; seul était resté mon ami assis à une table et me jetant un oeil consterné où se mélangeait la ferveur et l'admiration. Nous rentrâmes au petit matin dans une Clio bleue remplie jusqu'au plafond de cadeaux, la mère de la mariée au volant, le cousin, mon ami et sa mère bien sûr, confortablement assise entre nous sur la banquette arrière en vrai sky. Je passais donc la nuit chez la mère de la mariée dans une chambre débordant de cadeaux, où mon ami vint me rejoindre pour une conversation nocturne une fois sa mère endormie.
Le lendemain fit place à une aube sereine et à la suite des festivités. Il est de coutume que les hommes laissent les femmes en toute intimité lors des derniers préparatifs, et une fois de plus on ne dérogea pas à la règle. Mon ami et son cousin partirent acheter des cigarettes pendant environ 2h15, tandis que sa tante et sa mère se démenaient pour m'intégrer dans leur famille....
La tradition voulait apparemment qu'on me fournisse un balai, une serpillère dernier cri et des gants roses et je m'affairais dans les pièces et recoins de la maison, étrangement surveillée par la mère de mon ami dont j'apercevais toujours le bout d'un nez ou d'un cil, derrière une porte.
Une fois mes tâches accomplies je fleurissais la grande maison toute carrelée, enfin prête à recevoir les invités.
Semoule, dattes fourrées aux amandes et à la main; harira et raisins secs, coriandre et robes scintillantes dans le salon réservé aux femmes; café et écran t.v, dans le salon réservé aux hommes.
Ces derniers suivaient avec grand intérêt le déroulement des élections présidentielles, tandis que côté femme on parlait nouvelle méthode d'épilation à l'éponge abrasive, couches auto régulatrices pour nourrisson, conversations que j'avais peine à suivre puisque la mère de mon amie me proposait à intervalles réguliers d'essayer l'un des nombreux costumes traditionnels en sa possession: djellabahs roses à broderies mauves, djellabahs noires à fleurs rouges, djellabahs satinées... habits dont je redoutais qu'ils ne me recouvrent le corps tout entier jusqu'à l'étouffement, alors que je portais une robe fourreau fushia et ostensiblement transparente, qui fis je pense très bon effet, en particulier au salon masculin.
L'atmosphère était détendue, jusqu'à ce que sonnent les vingts coups de 20h, je les ai comptés. C'est alors que j'entendis des cris provenant de la pièce des hommes, les femmes se levèrent aussitôt, telles de véritables guerrières, prêtes à combattre s'il le fallait, quelques assiettes de semoule volèrent même dans les airs au beau milieu de cette subite précipitation.
Nous entrâmes donc dans leur salon et les virent devant l'écran, où apparaissait l'image d'un homme, une sorte de nain au sourire d'anguille qui me rappela un personnage de mauvais feuilleton, mélange de J.R de Dallas et de ce faux derch de pharmacien dans Desperate Housewives.

En l'apercevant, les femmes qui lors de leurs profondes discussions avaient sans doute oublié que ce jour là se déroulaient les élections présidentielles, s'agitèrent elles aussi, se mirent à tournoyer dans la maison tout en poussant des cris qui me rappelèrent le chant du paon; seul le brave pitt bull de la maison ne semblait pas perturbé par les évènements.
Dès ce moment, les femmes cessèrent toute discussion, et commencèrent à préparer leurs valises, tandis que les hommes observaient la suite des festivités à la télévision, abattus par la joie du nouveau président, consternés par la prestation scénique de Mireille Mathieu, cette vieille taupe qui m'a volé ma coiffure, effrayés par le devenir qui s'offrait à eux : des chansons de Mireille, des sketchs de Bigard, des pubs de Johnny pour les prochaines 5 années...
J'ai vite compris que tout le monde n'était pas joyeux ce jour là en France et j'ai aussitôt pris mon petit avion qui m'a reconduit à Madrid où j'écris paisiblement ce matin, en buvant mon café.
Quant à mes amis du mariage, j'ai cru comprendre dans leur conversation qu'ils rentraient au "bled". Je n'ai malheureusement pas eu le temps, dans la panique de leur demander où cela se trouvait "le bled", mais mon unique sixième sens me dit que ce n'est pas loin de chez moi, entre le cœur et le ciel.
dimanche 18 novembre 2007 - Catégorie Maria Dolores,
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